Comment récupérer de l'argent de sa société ? Dividendes, salaire, crédit Lombard : quelle solution choisir ?

Comment récupérer l'argent de sa société sans s'appauvrir ? Comparatif détaillé des dividendes, du salaire et du crédit Lombard pour dirigeants — avec cas pratique et erreurs à éviter.

Pourquoi la question habituelle est souvent la mauvaise.

La plupart des dirigeants se posent la mauvaise question

Lorsqu'un entrepreneur commence à accumuler de la trésorerie dans sa société, une réflexion finit presque toujours par apparaître :

« Comment récupérer cet argent ? »

La réponse semble évidente. Il suffit de se verser des dividendes.

Pourtant, dans la pratique, les choses sont rarement aussi simples.

Chaque année, nous rencontrons des dirigeants qui disposent de plusieurs centaines de milliers d'euros, parfois plusieurs millions d'euros de trésorerie dans leur holding patrimoniale ou leur société d'exploitation. Et très souvent, ils considèrent les dividendes comme la seule option possible.

Le problème est que cette approche peut s'avérer coûteuse.

Une distribution de dividendes entraîne une fiscalité immédiate au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30 %, composé de 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Une augmentation de rémunération entraîne quant à elle des prélèvements sociaux pouvant représenter jusqu'à 75 à 85 % du brut versé, charges patronales incluses. Dans certains cas, sortir de l'argent de la société n'est même pas la bonne question à se poser.

La véritable réflexion devrait être :

« De combien ai-je besoin, pour quoi faire, et quelle est la manière la plus efficace d'obtenir cette liquidité ? »

Selon la situation, la réponse peut être totalement différente.

Réponse rapide : quelle est la meilleure façon de récupérer de l'argent de sa société ?

Il n'existe pas de réponse universelle. Tout dépend :

Voici les principales solutions :

Dans certains dossiers, la meilleure solution n'est d'ailleurs pas de sortir l'argent de la société.

Pourquoi les dividendes ne sont pas toujours la meilleure solution

Les dividendes ont un avantage évident : ils sont simples.

La société distribue une partie de ses bénéfices et l'actionnaire perçoit directement les fonds.

Pour autant, cette simplicité a un coût.

Prenons un exemple volontairement simplifié. Un dirigeant souhaite récupérer 500 000 € nets via des dividendes. Au PFU de 30 %, il devra distribuer environ 714 285 € bruts pour absorber la fiscalité. Soit plus de 214 000 € qui partent immédiatement en impôt et prélèvements sociaux.

Autrement dit, une partie importante de la valeur créée par l'entreprise disparaît immédiatement sous forme de prélèvements.

Cette réalité ne signifie pas que les dividendes sont une mauvaise solution. Elle signifie simplement qu'ils ne doivent pas être considérés comme la seule solution.

Faut-il augmenter sa rémunération ?

Certains dirigeants privilégient le salaire.

Cette stratégie peut être pertinente lorsqu'il existe un véritable besoin de revenus récurrents. Elle présente également plusieurs avantages :

Mais elle entraîne généralement un coût social élevé. Sur un dirigeant assimilé salarié (président de SAS ou SASU), une rémunération supplémentaire de 100 000 € nets peut coûter à l'entreprise jusqu'à 180 000 à 200 000 € charges incluses, selon le statut et les tranches concernées.

Dans les patrimoines déjà constitués, il est souvent pertinent d'étudier d'autres pistes avant d'augmenter fortement sa rémunération.

Et si le problème n'était pas de sortir l'argent ?

C'est probablement la réflexion la plus importante.

Lorsqu'un dirigeant nous explique qu'il souhaite sortir 500 000 € de sa société, nous lui posons systématiquement une question :

« Pourquoi ? »

La réponse est souvent :

Et c'est précisément à ce moment que les solutions changent.

Car dans certains cas, le dirigeant n'a pas besoin de récupérer définitivement l'argent. Il a simplement besoin de liquidités.

La nuance est fondamentale.

Le crédit Lombard : une solution souvent ignorée

Prenons un exemple.

Un entrepreneur possède :

Son premier réflexe est souvent de sortir des dividendes.

Pourtant, si son patrimoine personnel est suffisamment important (généralement à partir de 200 000 à 500 000 € de patrimoine financier liquide), il peut parfois être plus pertinent d'utiliser ce patrimoine comme garantie pour obtenir un financement.

Concrètement, le crédit Lombard permet d'emprunter en nantissant un contrat d'assurance-vie luxembourgeoise, un compte-titres ou un portefeuille de produits structurés. Le taux pratiqué est généralement compris entre Euribor + 1 % et Euribor + 3 %, selon la qualité du collatéral et la banque privée partenaire.

Le patrimoine reste investi. Les actifs continuent potentiellement de produire de la performance. Et les liquidités nécessaires sont obtenues sans vendre d'actifs.

Naturellement, cette stratégie n'est pas adaptée à tous les profils. Mais elle mérite presque toujours d'être étudiée.

Cas pratique : Monsieur Martin souhaite récupérer 700 000 €

Monsieur Martin possède :

Son objectif est de financer l'acquisition d'une résidence secondaire.

Première option : distribution de dividendes.
Pour récupérer 700 000 € nets, sa holding devra distribuer environ 1 000 000 € bruts (PFU 30 %). 300 000 € partent en fiscalité immédiate.

Deuxième option : crédit Lombard adossé au contrat luxembourgeois.
Avec un patrimoine financier de 1 100 000 €, Monsieur Martin peut emprunter typiquement entre 50 % et 70 % de la valeur, soit largement de quoi couvrir 700 000 €. Le contrat reste investi, continue de produire potentiellement 4 à 7 % par an, et le coût du crédit représente une charge annuelle bien inférieure au gain fiscal de 300 000 €.

Après analyse, la seconde solution apparaît plus cohérente avec ses objectifs patrimoniaux de long terme. Le patrimoine reste investi. Le projet est financé. La stratégie patrimoniale reste intacte.

Les erreurs les plus fréquentes

Beaucoup de dirigeants n'envisagent qu'une seule option, alors qu'au moins 4 ou 5 mécanismes différents existent selon l'objectif. Cette vision binaire conduit à payer immédiatement 30 % de fiscalité sur des sommes qui n'auraient parfois pas eu besoin d'être extraites de la société.

Un besoin ponctuel (achat immobilier, projet personnel) ne se traite pas de la même façon qu'un besoin récurrent (train de vie). Le premier appelle plutôt un crédit adossé, le second une stratégie de rémunération structurée.

Distribuer des dividendes « pour avoir l'argent au cas où » est l'une des erreurs les plus coûteuses fiscalement, sans gain patrimonial réel. L'argent sorti perd immédiatement 30 %, puis se retrouve souvent placé sur un compte peu rémunéré.

Une décision optimale isolément peut être catastrophique vue au niveau du foyer : TMI poussée à 45 %, IFI déclenché, perte d'avantages sociaux. L'analyse doit toujours intégrer la situation fiscale d'ensemble.

Sortir du cash pour le placer en compte-titres personnel peut compliquer significativement la transmission par rapport à un placement dans la holding. Les enveloppes utilisées ne se transmettent pas du tout de la même manière.

La fiscalité est un critère, pas le seul. Performance attendue, liquidité, risque et horizon comptent autant. Un schéma optimisé fiscalement mais peu performant peut donner un résultat final inférieur à une solution plus simple.

Société, foyer fiscal et patrimoine personnel forment un ensemble. L'optimisation se fait sur l'ensemble, pas par silo. C'est précisément le rôle d'une stratégie patrimoniale globale.

Notre approche chez Bethel Capital

Lorsqu'un dirigeant nous demande comment récupérer de l'argent de sa société, nous ne commençons jamais par parler de dividendes.

Nous commençons par comprendre l'objectif.

S'agit-il d'un achat immobilier ? D'un investissement ? D'une transmission ? D'une préparation de retraite ?

Dans certains cas, les dividendes seront parfaitement adaptés. Dans d'autres, un crédit Lombard, une stratégie de holding ou une allocation patrimoniale adaptée produiront un résultat plus cohérent.

Notre rôle consiste précisément à analyser l'ensemble du patrimoine avant de proposer une solution.

Questions fréquentes

Conclusion

La question n'est généralement pas de savoir comment récupérer de l'argent de sa société.

La vraie question consiste à déterminer quel est le besoin réel du dirigeant et quelle est la manière la plus efficace d'y répondre.

Dans certains cas, les dividendes seront parfaitement adaptés. Dans d'autres, une stratégie patrimoniale plus globale permettra d'atteindre le même objectif tout en préservant davantage de valeur.

Comme souvent en gestion de patrimoine, le bon outil dépend moins du produit utilisé que de la qualité de la réflexion menée en amont.

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