Préparer sa retraite de dirigeant en 2026 : PER, assurance-vie, cession d'entreprise avec abattement 500 000 € (150-0 D ter) et crédit Lombard. Les leviers pour compenser une retraite obligatoire faible.
Réponse rapide
Le dirigeant a un angle mort : sa retraite obligatoire est souvent faible au regard de son train de vie, surtout s'il s'est rémunéré en dividendes plutôt qu'en salaire. Préparer sa retraite consiste donc à bâtir des revenus complémentaires par capitalisation, sur plusieurs leviers. Le plan d'épargne retraite (PER) déduit les versements du revenu imposable, avec un effet d'autant plus fort que la tranche marginale est élevée. L' (française pour l'antériorité, luxembourgeoise pour un capital important) capitalise à fiscalité douce (prélèvements sociaux à 17,2 %) et se transforme en revenu par rachats partiels programmés. La cession de l'entreprise constitue souvent le principal actif retraite : le dirigeant de PME partant à la retraite bénéficie d'un abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value (article 150-0 D ter, prorogé jusqu'au 31 décembre 2031) — étant précisé que cet abattement joue sur l'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux (18,6 % en 2026) restant dus. Enfin, le crédit Lombard permet de compléter ses revenus sans vendre ses actifs. La règle d'or : s'y prendre tôt.
Par Nissim Assaraf, cofondateur de Bethel Capital.
Un dirigeant qui s'est longtemps rémunéré en dividendes — soumis au prélèvement forfaitaire unique mais sans cotisations retraite — accumule peu de droits dans les régimes obligatoires. Même un dirigeant assimilé salarié atteint vite les plafonds des régimes de base et complémentaires. Résultat : un taux de remplacement (pension rapportée au dernier revenu) souvent bien inférieur à celui d'un salarié classique, et un décrochage de niveau de vie au passage à la retraite.
La réponse n'est pas un produit unique, mais un assemblage construit dans la durée : épargne retraite dédiée, capitalisation patrimoniale, valorisation et cession de l'entreprise, et outils de mobilisation du capital sans le vendre.
Le PER permet de déduire les versements volontaires du revenu imposable, dans la limite du plafond épargne retraite (fonction des revenus professionnels, avec report des plafonds non utilisés et mutualisation possible entre conjoints ; voir l' article 163 quatervicies du CGI). Pour un dirigeant à forte tranche marginale, l'économie d'impôt à l'entrée est significative.
En contrepartie, l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite (hors cas de déblocage anticipé, dont l'acquisition de la résidence principale), et les sommes déduites à l'entrée sont imposées à la sortie. Le PER est donc surtout efficient quand la tranche marginale baisse entre la vie active et la retraite — cas fréquent chez les dirigeants. À la retraite, la sortie peut se faire en capital, en rente, ou de façon fractionnée. Voir la fiche Service-public.gouv.fr sur le PER.
L'assurance-vie est le complément naturel du PER, avec deux différences clés : la disponibilité (l'épargne n'est pas bloquée) et la transmission (cadre des articles 990 I et 757 B du CGI). Deux réflexes :
Pour un capital important ou une trajectoire internationale, l'assurance-vie luxembourgeoise ajoute le triangle de sécurité, l'univers multi-devises et la portabilité.
Pour beaucoup de dirigeants, l'entreprise est le principal actif retraite. Sa cession, bien préparée, finance le complément de revenu. Deux dispositifs structurent la fiscalité :
Après cession, une part du produit peut alimenter une holding patrimoniale ( contrat de capitalisation, article 209-0 D bis) et le reste une allocation personnelle en assurance-vie. Ces mécanismes sont détaillés dans notre article dédié au placement du produit de cession.
Une fois le capital constitué, le crédit Lombard permet de percevoir des liquidités sans vendre : on nantit le portefeuille ou le contrat, et on tire une ligne de crédit remboursée par la performance ou lors de la transmission. Le taux suit l' €STR (2,184 % au 14 juillet 2026) majoré d'une marge. C'est utile pour lisser les revenus, par exemple pour éviter de racheter ou de vendre en marché baissier. Nous détaillons cette stratégie dans notre article « vivre de son patrimoine sans le vendre ».
Situation. Philippe, 57 ans, dirigeant de PME, envisage de céder dans 3 à 5 ans. Sa retraite obligatoire estimée couvre une faible part de son train de vie.
Structuration. Mise en place d'un PER pour déduire une partie de ses revenus à forte tranche d'ici la cession ; renforcement d'une assurance-vie (prise de date déjà ancienne) ; préparation de la cession pour bénéficier de l'abattement 150-0 D ter (calendrier de liquidation des droits retraite à caler) ; à la cession, constitution d'une poche patrimoniale en assurance-vie et, si réinvestissement, d'une holding. Voir aussi optimiser sa fiscalité de dirigeant.
Revenu cible. À la retraite : rachats partiels programmés de l'assurance-vie + ligne Lombard d'appoint, pour un complément régulier sans vendre le capital.
Chiffrage illustratif ; les montants et l'éligibilité aux dispositifs dépendent de votre situation réelle.
En bâtissant des revenus complémentaires par capitalisation, car la retraite obligatoire d'un dirigeant est souvent faible : un PER pour déduire ses versements, une assurance-vie pour capitaliser et générer un revenu par rachats programmés, la cession de l'entreprise (avec l'abattement de 500 000 € du 150-0 D ter) comme socle, et le crédit Lombard pour percevoir des liquidités sans vendre. Le tout se prépare plusieurs années à l'avance.
Souvent, oui, surtout s'il s'est rémunéré en dividendes, qui n'ouvrent pas de droits retraite. Même en salaire, les plafonds des régimes obligatoires plafonnent le taux de remplacement. D'où l'importance de constituer une retraite complémentaire par capitalisation.
Oui, en particulier si sa tranche marginale d'imposition est élevée pendant la vie active et baisse à la retraite : la déduction à l'entrée est alors très avantageuse. En contrepartie, l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite (sauf déblocage, dont l'achat de la résidence principale).
C'est un abattement fixe (article 150-0 D ter) sur la plus-value de cession des titres d'un dirigeant de PME partant à la retraite, prorogé jusqu'au 31 décembre 2031. Il s'applique sur l'assiette de l'impôt sur le revenu, mais les prélèvements sociaux (18,6 % en 2026) restent dus sur la totalité de la plus-value. Il suppose de respecter des conditions, dont le départ effectif à la retraite dans les 24 mois autour de la cession.
Cela dépend de votre projet. La cession finance directement la retraite (avec l'abattement 150-0 D ter). La transmission aux enfants, éventuellement via un Pacte Dutreil, répond à une logique patrimoniale différente. Les deux peuvent se combiner et se préparent en amont.
Par les rachats partiels programmés d'assurance-vie (seuls les gains sont taxés, à 17,2 %, avec abattement après 8 ans) et par une ligne de crédit Lombard adossée à votre portefeuille, remboursée par la performance ou à la transmission. Vos actifs restent investis et continuent de capitaliser.
Le plus tôt possible. Le PER et l'assurance-vie capitalisent d'autant mieux qu'on les alimente longtemps, et la cession de l'entreprise (calendrier, conditions du 150-0 D ter, valorisation) se prépare plusieurs années à l'avance.