Vivre de son patrimoine sans le vendre : rachats partiels d'assurance-vie, revenus courants et crédit Lombard. Mécanique, cas chiffré et vigilances 2026.
Réponse rapide
Vendre ses actifs pour financer son train de vie réduit mécaniquement le capital qui produit vos revenus futurs. Trois leviers permettent d'y échapper. Les rachats partiels programmés d'assurance-vie ne taxent que la part de gains retirée (prélèvements sociaux à 17,2 %, abattement après 8 ans). Les revenus courants distribuent un rendement sans toucher au principal. Surtout, le crédit Lombard permet d'emprunter en nantissant votre portefeuille : vous disposez de liquidités sans vendre, vos actifs restent investis et continuent de capitaliser. Bien calibré (LTV prudente, rendement attendu supérieur au coût), il permet de « vivre de son patrimoine » tout en préservant le capital pour la transmission.
Par Nissim Assaraf, cofondateur de Bethel Capital.
Financer son train de vie en vendant régulièrement une partie de ses actifs pose un double problème. D'abord, chaque vente réduit le capital qui génère vos revenus : moins de capital, moins de rendement, donc davantage de ventes nécessaires — l'effet est cumulatif. Ensuite, ces ventes peuvent tomber au mauvais moment : liquider dans un marché baissier cristallise des pertes et fragilise durablement le patrimoine.
L'objectif d'une bonne structuration de revenus est donc de découpler votre train de vie de la vente de vos actifs. Vous voulez percevoir, disons, 8 000 € ou 10 000 € par mois ; vous ne voulez pas vendre 120 000 € d'actifs par an dans n'importe quelles conditions de marché. Trois leviers y concourent.
L'assurance-vie permet de mettre en place des rachats partiels programmés : des retraits réguliers (mensuels, trimestriels) d'un montant choisi. L'atout fiscal est décisif : seul le quota de gains contenu dans chaque rachat est imposé, jamais le capital retiré. Les prélèvements sociaux restent à 17,2 % en 2026 (et non 18,6 %, taux réservé aux dividendes et plus-values de titres — voir la fiche Service-public.gouv.fr F22414). Après 8 ans, l'abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple) s'applique sur ces gains, globalement à l'ensemble de vos contrats ( article 125-0 A du CGI).
Résultat : sur un rachat, la fraction imposable est souvent modeste au regard du montant perçu, et l'abattement peut neutraliser une bonne partie de l'imposition. C'est un mode de revenu souple et fiscalement efficient — mais qui, à la différence du Lombard, réduit progressivement l'encours du contrat.
Un patrimoine bien construit distribue des revenus récurrents sans qu'on touche au principal : coupons obligataires, coupons de produits structurés, dividendes, loyers. Logés dans une enveloppe d' assurance-vie luxembourgeoise ou un contrat de capitalisation, ces flux bénéficient de la fiscalité de l'enveloppe (prélèvements sociaux à 17,2 % pour l'assurance-vie) ; détenus en compte-titres, ils supportent le PFU de 31,4 % (dont 18,6 % de prélèvements sociaux). Le choix de l'enveloppe conditionne donc le rendement net de ces revenus.
C'est le levier le plus puissant pour ne rien vendre. Le crédit Lombard est un prêt garanti par le nantissement de vos actifs financiers (contrat d'assurance-vie, portefeuille titres). Vous empruntez une fraction de leur valeur — sous forme de prêt ou, souvent, de ligne de crédit que vous tirez au fil de vos besoins — pendant que les actifs restent investis et continuent de produire performance et revenus.
Les paramètres :
L'idée directrice : tant que le rendement attendu du patrimoine dépasse le coût du crédit et que la dette reste modérée au regard du capital, on peut financer son train de vie par la ligne Lombard sans jamais vendre, en laissant le capital croître et se transmettre.
En pratique, on ne choisit pas un levier unique, on les articule : les revenus courants couvrent une première part du besoin ; les rachats partiels programmés d'assurance-vie, optimisés par l'abattement, en couvrent une autre ; et la ligne de crédit Lombard sert de variable d'ajustement — on la tire quand on ne veut rien vendre (par exemple en marché baissier), on la rembourse quand le contexte est favorable. Cette combinaison lisse la fiscalité, préserve le capital et évite les ventes forcées.
Isabelle, 63 ans, dispose d'un patrimoine financier de 3 M€ (assurance-vie luxembourgeoise et portefeuille) et souhaite un complément de revenu de 8 000 € par mois, soit 96 000 € par an, sans entamer son capital ni vendre en bas de cycle. Revenus courants du portefeuille pour une première part ; rachats partiels programmés sur le contrat de plus de 8 ans, l'abattement de 9 200 € par an réduisant l'imposition sur les gains ; ligne de crédit Lombard adossée au portefeuille (LTV prudente) mobilisée en complément et en cas de marché défavorable. Sur une tranche de 100 000 € tirée à environ 3,5 %, le coût d'intérêt annuel est d'environ 3 500 €, à comparer au rendement attendu du portefeuille de 3 M€ resté investi. La ligne se rembourse par la performance lors des années favorables, ou s'apure au dénouement du contrat.
Chiffrage illustratif ; les taux, la LTV et la fiscalité dépendent de votre situation réelle.
En combinant trois leviers : les revenus courants (coupons, dividendes, loyers), les rachats partiels programmés d'assurance-vie (seuls les gains sont taxés, à 17,2 % de prélèvements sociaux, avec abattement après 8 ans) et surtout le crédit Lombard, qui permet d'emprunter en nantissant votre portefeuille sans le vendre. Vos actifs restent investis et continuent de capitaliser pendant que vous financez votre train de vie.
Il permet de dégager des liquidités sans vendre, souvent via une ligne de crédit que vous tirez selon vos besoins. Ce n'est pas un revenu au sens strict, mais un emprunt : les intérêts courent. La stratégie n'est soutenable que si le rendement attendu de votre patrimoine dépasse durablement le coût du crédit, avec une valeur de gage prudente.
Le taux d'un Lombard en euro suit l'€STR (2,184 % mi-juillet 2026) majoré d'une marge, soit environ 3,2 % à 3,7 % à l'été 2026, appliqué aux seules sommes tirées. Sur 100 000 € tirés à 3,5 %, cela représente environ 3 500 € d'intérêts par an, à comparer au rendement du portefeuille resté investi.
Non, car seule la part de gains contenue dans chaque rachat est imposée, jamais le capital. Les prélèvements sociaux restent à 17,2 % en 2026, et après 8 ans un abattement annuel de 4 600 € (seul) ou 9 200 € (couple) s'applique sur ces gains, ce qui neutralise souvent une bonne partie de l'imposition.
Si la valeur des actifs nantis baisse fortement, la banque peut procéder à un appel de marge (remboursement partiel ou apport de garantie). C'est pourquoi il faut emprunter avec une LTV prudente : en gardant une marge de sécurité, vous pouvez traverser une baisse sans être contraint de vendre, en attendant le redressement des marchés.
Le plus souvent in fine : la ligne est remboursée par la performance du portefeuille lors des années favorables, par des rachats ponctuels, ou au dénouement du contrat lors de la transmission. Ce mode de remboursement doit être défini dès la mise en place pour garder la dette sous contrôle.
Oui, c'est l'un de ses intérêts : en ne vendant pas, le capital reste investi et continue de croître, tout en conservant le cadre de transmission de l'assurance-vie. La dette éventuelle est apurée au dénouement. Le tout doit rester équilibré pour ne pas transmettre un patrimoine grevé d'un endettement excessif.