Hériter de 3 M€ : purge des plus-values au décès, sortie d'indivision, assurance-vie luxembourgeoise, allocation en poches et crédit Lombard. La méthode pour investir un héritage important.
Réponse rapide
Hériter de 3 M€ n'est pas la même chose que disposer de 3 M€ de trésorerie : la question se pose dans un contexte successoral. Les droits de succession ont (ou vont être) réglés ; les actifs hérités bénéficient de la purge des plus-values au décès ; l'héritage arrive souvent en indivision ou en démembrement. La bonne démarche : ne pas se précipiter, qualifier chaque actif, sortir proprement de l'indivision, puis structurer. Pour la partie financière, l' offre un socle robuste (protection juridique, univers multi-devises, transmission), autour duquel on construit une allocation diversifiée, avec une réserve de crédit Lombard pour ne jamais être contraint de vendre.
Par Nissim Assaraf, cofondateur de Bethel Capital.
« J'ai hérité de 3 M€ » recouvre des réalités très différentes selon la forme des actifs reçus. Chacune appelle un traitement propre :
La première étape est donc un inventaire précis : nature, valeur, liquidité, fiscalité latente, et mode de détention (pleine propriété, indivision, démembrement). C'est lui qui conditionne toute la suite.
Un héritage important arrive souvent dans un contexte de deuil, parfois pour une personne peu habituée à gérer de tels montants. La pire décision est une décision précipitée : placer en urgence sur un produit mal compris, tout laisser dormir par crainte, ou au contraire tout investir d'un coup sur les marchés.
Le bon tempo consiste à sécuriser d'abord (poche de liquidité, règlement des droits éventuels), à prendre le temps de comprendre ce que l'on détient, puis à déployer progressivement l'allocation. Il n'y a aucune urgence à investir 3 M€ en une semaine ; il y a en revanche urgence à ne pas commettre d'erreur irréversible.
C'est une spécificité fiscale souvent ignorée. Lorsqu'un héritier reçoit des titres ou un bien immobilier, sa valeur de référence fiscale (le « prix d'acquisition » retenu pour une future plus-value) est réévaluée à la valeur déclarée dans la succession, c'est-à-dire la valeur au jour du décès. Conséquence : les plus-values latentes accumulées par le défunt sont purgées. Si l'héritier revend rapidement, à un prix proche de la valeur successorale, la plus-value imposable est quasi nulle.
Cela ouvre une fenêtre : réorganiser un portefeuille hérité (souvent concentré ou mal diversifié){" "} avec un coût fiscal de plus-value réduit, pour le réallouer dans une structure adaptée à vos objectifs.
L'indivision. Quand plusieurs héritiers reçoivent ensemble un actif (un immeuble, un portefeuille), ils le détiennent en indivision ( articles 815 et suivants du Code civil) : aucune décision importante ne peut être prise seul. Il est souvent préférable d'en sortir — par le partage, le rachat de parts entre héritiers (licitation), ou la vente — pour que chacun structure ensuite sa part librement.
Le démembrement. Lorsqu'un conjoint survit, il reçoit fréquemment l'usufruit (articles 578 et suivants du Code civil) et les enfants la nue-propriété. Des outils existent pour fluidifier cette situation (quasi-usufruit sur les liquidités avec créance de restitution, convention de démembrement, remploi concerté). Voir aussi notre article sur la clause bénéficiaire démembrée.
Une fois l'héritage qualifié, l'indivision dénouée et la fiscalité de purge exploitée, la part financière se structure comme un capital de long terme. L' en constitue l'ossature : triangle de sécurité et super-privilège (protection supérieure à la garantie française de 70 000 €, déterminante pour 3 M€), univers d'investissement multi-devises, accès aux fonds internes dédiés (FID) et fonds d'assurance spécialisés (FAS), portabilité en cas d'expatriation.
Autour de ce socle, on construit une allocation en poches : liquidité et sécurité (fonds euros, monétaire), rendement défensif (produits structurés à capital garanti ou protégé, obligataire), croissance (unités de compte actions déployées progressivement), et diversification non cotée (private equity via FID/FAS, minoritaire). Cette logique est développée dans notre article sur le placement d'une trésorerie personnelle. Le crédit Lombard complète le dispositif en permettant de mobiliser des liquidités sans désinvestir.
Une fois investi, ce capital produira des revenus dont la fiscalité dépend de l'enveloppe. En assurance-vie, les gains restent soumis aux prélèvements sociaux à 17,2 % en 2026 ( fiche F22414), avec l'abattement après 8 ans (article 125-0 A du CGI). En compte-titres, dividendes et plus-values relèvent du PFU à 31,4 % (dont 18,6 % de prélèvements sociaux). Si l'héritage comprend de l'immobilier locatif conservé, les revenus fonciers (location nue) sont soumis au barème de l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux à 17,2 %, et le patrimoine immobilier net taxable entre dans l'assiette de l' IFI au-delà de 1,3 M€. Ces arbitrages sont discutés dans immobilier ou produits financiers.
Recevoir un héritage est aussi le moment de penser à la transmission suivante. L'assurance-vie est ici centrale : les primes versées avant 70 ans ouvrent l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I) ; après 70 ans, l'article 757 B s'applique (abattement global de 30 500 €, gains exonérés). Voir notre guide pour préparer sa transmission.
Situation. Camille, 50 ans, hérite de 3 M€ : 1,2 M€ de liquidités, un portefeuille titres de 1 M€ (fortement plus-value chez le défunt) et un appartement de 800 000 € reçu en indivision avec son frère.
Structuration. Sortie de l'indivision sur l'appartement (rachat de la part du frère ou vente). Réorganisation du portefeuille hérité en profitant de la purge des plus-values au décès, réinvesti en assurance-vie luxembourgeoise. Les liquidités alimentent l'allocation en poches, déployée sur 12-18 mois.
Transmission. Une partie est versée en assurance-vie avant 70 ans, avec clause bénéficiaire au profit de ses enfants (abattement 990 I). Sortie. Besoin ponctuel deux ans plus tard : crédit Lombard adossé aux contrats plutôt que rachat.
Chiffrage illustratif ; le traitement dépend de la composition réelle de la succession.
Commencez par qualifier ce que vous avez reçu (liquidités, titres, assurance-vie, immobilier, entreprise) et son mode de détention (pleine propriété, indivision, démembrement). Sécurisez une poche de liquidité, sortez proprement de l'indivision, exploitez la purge des plus-values au décès pour réorganiser les titres, puis structurez la part financière en assurance-vie luxembourgeoise avec une allocation diversifiée déployée progressivement. Ne vous précipitez pas : il n'y a pas d'urgence à tout investir d'un coup.
Les droits de succession sont dus selon le lien de parenté et après abattements ; ils sont réglés dans le cadre du règlement successoral. Le capital que vous investissez ensuite est net de ces droits. En revanche, les revenus futurs de vos placements seront imposés selon leur nature et leur enveloppe.
C'est le fait que la valeur de référence fiscale des titres et biens hérités est réévaluée à leur valeur au jour du décès. Les plus-values latentes accumulées par le défunt sont ainsi effacées : si vous revendez à un prix proche de la valeur successorale, la plus-value imposable est quasi nulle. C'est une fenêtre pour réorganiser un portefeuille hérité à faible coût fiscal.
Par le partage amiable, le rachat des parts des autres héritiers (licitation) ou la vente du bien, puis répartition du prix. Sortir de l'indivision permet à chaque héritier de structurer librement sa part, alors que l'indivision impose des décisions collectives, souvent sources de blocages. Le notaire encadre l'opération.
En démembrement, le nu-propriétaire détient le capital et l'usufruitier (souvent le conjoint survivant) en perçoit les revenus. La gestion est partagée. Des outils comme le quasi-usufruit sur les liquidités (avec créance de restitution), une convention de démembrement ou un remploi concerté permettent de fluidifier la situation ; ils s'organisent avec le notaire.
Pour la part financière, l'assurance-vie luxembourgeoise offre un socle robuste (triangle de sécurité, protection supérieure à la garantie française de 70 000 €, univers multi-devises, portabilité), autour duquel on construit une allocation en poches (liquidité, rendement défensif, croissance, non coté). Le crédit Lombard permet de mobiliser des liquidités sans vendre.
Non. On sécurise d'abord une poche de liquidité, puis on déploie progressivement les poches de croissance et de non coté pour lisser les points d'entrée. Investir 3 M€ d'un coup sur les marchés expose inutilement au risque de timing.
L'analyser : rendement, liquidité, fiscalité (revenus fonciers au barème + prélèvements sociaux à 17,2 % pour la location nue, IFI au-delà de 1,3 M€ de patrimoine immobilier net). Selon vos objectifs, on conserve, on arbitre ou on cède, en profitant le cas échéant de la purge des plus-values pour une cession à faible coût fiscal.
En réinvestissant une partie du capital en assurance-vie avant 70 ans : les primes versées avant cet âge ouvrent l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I), hors succession. Une clause bénéficiaire bien rédigée, éventuellement démembrée, optimise la transmission à vos héritiers.
À ce niveau et dans un contexte successoral (indivision, démembrement, purge des plus-values, IFI, transmission), un accompagnement coordonné entre conseil en gestion de patrimoine et notaire permet d'éviter les erreurs irréversibles et de structurer efficacement. C'est un moment où les décisions engagent sur le long terme.