Placer 2 M€ en 2026 ne commence pas par le produit mais par la question : personnel, société, holding ? Assurance-vie luxembourgeoise, allocation en poches, crédit Lombard, contrat de capitalisation société. La méthode complète.
Réponse rapide
Placer 2 M€ ne se résume pas à choisir « le meilleur placement ». La première question n'est pas où mais depuis quoi : compte personnel, société d'exploitation ou holding ? Pour une trésorerie personnelle, l'ossature la plus robuste reste l' (triangle de sécurité, super-privilège, multi-devises, FID/FAS, portabilité), autour de laquelle on construit une allocation en poches et une réserve de crédit Lombard. Pour une trésorerie société, on raisonne contrat de capitalisation (article 209-0 D bis du CGI). Rappel 2026 : les gains d'assurance-vie restent aux prélèvements sociaux à 17,2 % ; les dividendes et plus-values de titres subissent la hausse à 18,6 % (PFU global 31,4 %).
Par Nissim Assaraf, cofondateur de Bethel Capital.
Avant toute allocation, il faut qualifier l'origine et le détenteur des fonds. Trois situations très différentes se cachent derrière « j'ai 2 M€ de trésorerie ».
Cas A — trésorerie personnelle déjà fiscalisée. Vous avez perçu ces fonds nets d'impôt : salaire épargné, dividendes déjà taxés, héritage, produit d'une cession sur laquelle l'impôt de plus-value a été acquitté. Vous êtes libre de l'investir dans une enveloppe personnelle (assurance-vie française ou luxembourgeoise, compte-titres, PEA dans la limite des plafonds).
Cas B — trésorerie d'une société d'exploitation. Les 2 M€ figurent au bilan d'une SAS ou d'une SARL opérationnelle. Vous ne pouvez pas les investir « à titre personnel » sans d'abord les sortir de la société, ce qui déclenche une fiscalité. La bonne réponse consiste souvent à faire travailler cette trésorerie au sein de la société, via un contrat de capitalisation ou un compte-titres société, plutôt qu'à la distribuer.
Cas C — trésorerie d'une holding patrimoniale. Les fonds sont remontés dans une holding (par exemple après un apport-cession sous l'article 150-0 B ter du CGI , ou par remontée de dividendes en régime mère-fille). La holding est alors le véhicule d'investissement naturel : contrat de capitalisation, private equity, nantissement pour un crédit Lombard.
Tout laisser sur les livrets et comptes à terme. Rassurant, mais après impôt et inflation le rendement net protège rarement le pouvoir d'achat sur la durée.
Tout mettre en immobilier. Risque de liquidité, fiscalité lourde (revenus fonciers + PS, IFI) et absence de diversification.
Tout confier à une seule banque privée en gestion sous mandat. La gestion pilotée tend à privilégier ses produits maison, avec des frais rarement transparents et un univers restreint.
Souscrire un seul contrat, dans une seule devise, chez un seul assureur. La diversification concerne aussi les enveloppes, les compagnies et les devises.
Se précipiter. On sécurise d'abord une poche de liquidité, puis on déploie progressivement pour lisser les points d'entrée.
Pour une trésorerie personnelle significative, l'assurance-vie luxembourgeoise est, dans notre pratique, le socle le plus solide. C'est un contrat d'assurance-vie européen, dont les gains sont soumis à la fiscalité française dès lors que le souscripteur est résident fiscal français. Sa valeur ajoutée tient à sa protection juridique et à sa souplesse d'investissement, pas à un quelconque avantage fiscal caché.
Triangle de sécurité et super-privilège. Actifs déposés auprès d'une banque dépositaire indépendante, contrôle du Commissariat aux Assurances. En cas de défaillance, le souscripteur est créancier de premier rang. En France, le FGAP est plafonné à 70 000 € par assuré et par compagnie : pour 2 M€, l'écart est structurant.
Univers multi-devises. Actions, obligations, fonds internationaux, produits structurés, private equity, en EUR, USD, CHF, GBP…
FID et FAS. Le Fonds Interne Dédié (mandat de gestion personnalisé) et le Fonds d'Assurance Spécialisé (pilotage direct) permettent une architecture ouverte fine. À 2 M€, l'accès aux catégories les plus ouvertes est généralement acquis.
Portabilité juridique. Voir notre article dédié à l' AV luxembourgeoise pour expatriés.
Une allocation robuste ne se pense pas produit par produit, mais par fonction. À titre illustratif :
La clé est de construire ces poches à l'intérieur d'enveloppes efficientes et de conserver une capacité d'emprunt Lombard pour ne jamais désinvestir au mauvais moment.
Pendant la vie du contrat. Aucune imposition en l'absence de rachat ; les arbitrages internes ne déclenchent rien.
En cas de rachat. Seule la part de gains est imposée. Point à retenir pour 2026 : les gains d'assurance-vie et les intérêts des fonds euros restent aux prélèvements sociaux à 17,2 % (CSG, CRDS, solidarité), taux inchangé. La hausse 2026 des PS à 18,6 % vise les dividendes et plus-values de titres — pas l'assurance-vie.
Après 8 ans. Abattement annuel de 4 600 € (seul) ou 9 200 € (couple), global à tous les contrats.
À la transmission. Article 990 I du CGI (avant 70 ans, 152 500 € par bénéficiaire), 757 B après 70 ans. La clause bénéficiaire démembrée est un levier d'optimisation à part entière.
Placer 2 M€ ne signifie pas les immobiliser. Le crédit Lombard permet de dégager de la liquidité — projet immobilier, investissement, besoin de trésorerie — sans racheter votre contrat, donc sans déclencher la fiscalité d'un rachat ni interrompre la capitalisation.
Montant empruntable dépendant de la LTV (élevée sur fonds euros/obligataire, plus faible sur actions/actifs volatils). Taux = indice de référence (€STR en euro à 2,184 % au 14 juillet 2026, SOFR, SARON) + marge bancaire négociée. Un appel de marge est possible en cas de baisse marquée. Voir notre hub dédié : sortir 500 000 € de sa holding en 2026 .
Cas n°1 — Dirigeant, 2 M€ personnels après cession partielle. Jean, 52 ans, dispose de 2 M€ nets. Ouverture de deux contrats d'AV luxembourgeois (diversification des compagnies), accès FID, allocation en poches, déploiement UC actions sur 12 mois, clause bénéficiaire démembrée (abattement 152 500 € par bénéficiaire au titre du 990 I). Deux ans plus tard, besoin de 300 000 € : crédit Lombard adossé plutôt que rachat, la capitalisation se poursuit.
Cas n°2 — 2 M€ dans une holding patrimoniale. Sophie détient une holding ayant reçu 2 M€ après remontée de dividendes en régime mère-fille. La holding souscrit un contrat de capitalisation relevant de l'article (imposition forfaitaire sur 105 % du TME, régularisée à la sortie). Distribution ultérieure au PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS 2026) — régime des dividendes, distinct de l'assurance-vie.
| Critère | Trésorerie personnelle | Trésorerie société / holding |
|---|---|---|
| Véhicule adapté | Assurance-vie (FR ou LU) | Contrat de capitalisation |
| Détenteur | Personne physique | Société commerciale |
| Régime fiscal | PS 17,2 % sur gains ; abattement après 8 ans | Article 209-0 D bis : forfait annuel 105 % TME |
| Transmission | Hors succession (990 I / 757 B) | Actif société, transmis via les titres |
| Crédit Lombard | Oui, nantissement du contrat | Oui, nantissement contrat société |
Règle simple : une personne physique loge son épargne en assurance-vie ; une société loge sa trésorerie en contrat de capitalisation.
Commencez par identifier d'où viennent ces fonds : trésorerie personnelle déjà fiscalisée, trésorerie de société d'exploitation, ou holding. Pour une trésorerie personnelle, l'ossature la plus robuste combine une ou plusieurs assurances-vie (luxembourgeoise pour la protection juridique et l'univers d'investissement, française pour l'antériorité), une allocation diversifiée en poches (liquidité, rendement défensif, croissance, non coté) et une réserve de crédit Lombard pour mobiliser sans désinvestir. Pour une trésorerie de société, on raisonne contrat de capitalisation (article 209-0 D bis du CGI), pas assurance-vie.
Aucune allocation n'est sans risque, mais on peut en encadrer le niveau. Une poche de liquidité (fonds euros à capital garanti, monétaire) et une poche de rendement défensif (produits structurés à capital garanti ou protégé, obligataire de qualité) permettent de viser un rendement supérieur au livret tout en maîtrisant le risque, la poche actions restant calibrée selon votre tolérance. Le tout logé en assurance-vie pour l'efficience fiscale.
Les deux, le plus souvent. Le contrat français conserve l'intérêt de l'antériorité fiscale et d'un fonds euros. Le contrat luxembourgeois apporte le triangle de sécurité et le super-privilège (protection supérieure à la garantie française de 70 000 €), un univers d'investissement multi-devises, l'accès aux FID/FAS et la portabilité en cas d'expatriation. À 2 M€, la combinaison des deux est fréquente.
Seule la part de gains contenue dans le rachat est imposée, jamais le capital. Les prélèvements sociaux restent à 17,2 % (et non 18,6 %, taux réservé aux dividendes et plus-values de titres). Après 8 ans, un abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple) s'applique sur ces gains, globalement à tous vos contrats.
Non : l'assurance-vie est réservée aux personnes physiques. Une société loge sa trésorerie dans un contrat de capitalisation, soumis à l'article 209-0 D bis du CGI (imposition forfaitaire annuelle sur 105 % du TME, régularisée à la sortie). Pour investir à titre personnel, il faut d'abord sortir les fonds de la société, ce qui déclenche une fiscalité.
Par le crédit Lombard : vous nantissez votre contrat ou votre portefeuille et empruntez une fraction de sa valeur, sans rachat, donc sans imposition ni interruption de la capitalisation. Le taux suit un indice de référence (€STR en euro, 2,184 % mi-juillet 2026) majoré d'une marge. Il faut conserver une LTV prudente pour éviter tout appel de marge.
Non. On sécurise d'abord une poche de liquidité, puis on déploie progressivement les poches de croissance et de non coté pour lisser les points d'entrée. Déployer 2 M€ d'un coup sur les marchés actions expose inutilement au risque de timing.
L'immobilier peut avoir sa place, mais y concentrer 2 M€ crée un risque de liquidité, une fiscalité lourde (revenus fonciers, IFI) et une faible diversification. Une allocation financière diversifiée en assurance-vie offre plus de souplesse, une meilleure liquidité et une fiscalité mieux maîtrisée.
Ils se négocient : frais d'entrée souvent réduits voire nuls à ce niveau, frais de gestion du contrat, frais des supports et, le cas échéant, frais de mandat du FID. La transparence sur ces frais et leur mise en concurrence font partie de notre travail ; à ce montant, ils sont substantiellement négociables.
La souscription des contrats prend quelques semaines (formalités de connaissance client, origine des fonds). Le déploiement de l'allocation, lui, s'étale volontairement sur plusieurs mois pour la partie marchés et non coté. L'important est de sécuriser d'abord le cadre, puis d'investir sans précipitation.