AV luxembourgeoise multi-devises : investir en dollars

Contrat français mono-devise, contrat luxembourgeois multi-devises : euro, dollar, franc suisse, livre. Diversification, risque de change et fiscalité française inchangée.

Par Nissim Assaraf, cofondateur de Bethel Capital.

Réponse rapide

L'une des différences les plus concrètes entre l'assurance-vie française et luxembourgeoise tient à la devise. Le contrat français est, en pratique, cantonné à l'euro. Le contrat luxembourgeois, lui, peut être libellé et investi dans plusieurs devises — euro, dollar américain, franc suisse, livre sterling — et permet de détenir des supports (fonds, ETF, produits structurés) directement dans ces devises. Pour un patrimoine à vocation internationale, c'est un atout majeur.

Cette souplesse a une contrepartie : le risque de change. Un support en dollars gagne ou perd de la valeur, pour un investisseur qui raisonne en euros, au gré de la parité euro/dollar. Le multi-devises est donc un outil de diversification et de cohérence avec un patrimoine international, à manier avec méthode — pas un pari spéculatif sur les monnaies. La fiscalité, elle, reste française (prélèvements sociaux à 17,2 % sur les gains), quelle que soit la devise d'investissement.

1. Contrat français mono-devise, contrat luxembourgeois multi-devises

Le contrat d'assurance-vie français fonctionne en euros : versements, supports et rachats sont libellés en euros, et l'offre de supports en devises étrangères y est très limitée. Le contrat luxembourgeois est nativement : il peut être libellé en euro, dollar, franc suisse ou livre, et donner accès à des supports dans ces différentes monnaies. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'assurance-vie luxembourgeoise s'impose pour les patrimoines internationaux, aux côtés du triangle de sécurité et de la portabilité.

2. Pourquoi s'exposer à d'autres devises

Plusieurs raisons légitimes justifient une exposition multi-devises :

3. Comment fonctionne le multi-devises dans un contrat luxembourgeois

Le contrat a une devise de référence (souvent l'euro), mais peut abriter des supports libellés dans d'autres devises. Vous pouvez ainsi allouer une part de votre contrat à des fonds ou ETF en dollars, à un produit structuré en francs suisses, etc. Les structures de gestion dédiées — fonds interne dédié (FID), fonds d'assurance spécialisé (FAS) — facilitent la construction d'une allocation multi-devises sur mesure. Les arbitrages entre supports, y compris entre devises, s'effectuent à l'intérieur du contrat sans imposition.

4. Le risque de change : opportunité et risque

Investir en devises, c'est ajouter une source de performance et de risque : la variation de la parité. Un support en dollars peut progresser grâce à la hausse des marchés américains, mais un affaiblissement du dollar face à l'euro réduira ce gain une fois ramené en euros — et inversement. Ce risque de change n'est ni bon ni mauvais en soi : il diversifie quand il est mesuré et cohérent avec vos objectifs, il fragilise quand il résulte d'un pari non maîtrisé. La part allouée aux devises étrangères se calibre donc selon votre horizon, votre tolérance et vos projets, pas selon une conviction de court terme sur les monnaies.

5. Aligner les devises sur ses projets

Le multi-devises prend tout son sens lorsqu'il est cohérent avec votre situation :

Cette logique rejoint celle du crédit Lombard multi-devises : dans les deux cas, la cohérence entre la devise de l'actif (ou de la dette) et celle des projets prime sur la recherche d'un avantage de taux ou de parité à court terme.

6. La fiscalité reste française

Point essentiel : investir en devises dans un contrat luxembourgeois ne change pas la fiscalité. Dès lors que vous êtes résident fiscal français, le contrat applique la fiscalité française : capitalisation sans impôt tant qu'il n'y a pas de rachat, prélèvements sociaux à 17,2 % sur les gains en cas de rachat, abattement après 8 ans, et cadre de transmission de l'article 990 I. La devise d'investissement influe sur la performance (via le change), pas sur le régime fiscal.

7. Cas pratique

Situation. Claire, 50 ans, dont une partie de la carrière pourrait se poursuivre aux États-Unis, souhaite exposer une fraction de son épargne au dollar.

Structuration. Souscription d'une assurance-vie luxembourgeoise avec une poche libellée en dollars (fonds et ETF américains), le reste en euros. Un FAS permet de piloter finement l'allocation multi-devises.

Cohérence. En cas d'expatriation aux États-Unis, une partie de son épargne est déjà alignée sur le dollar, réduisant le risque de change au moment du départ ; la portabilité du contrat facilite la transition.

Illustration ; l'allocation dépend de la situation réelle et de la tolérance au risque de change.

8. Vigilances et pièges à éviter

9. La méthode Bethel Capital

  1. Analyser l'exposition monétaire actuelle et les projets (expatriation, dépenses en devises).
  2. Définir la part multi-devises cohérente avec l'horizon et la tolérance au risque de change.
  3. Structurer via un contrat luxembourgeois (FID/FAS) pour piloter l'allocation par devise.
  4. Aligner les devises de l'épargne sur les projets et, le cas échéant, sur un éventuel Lombard multi-devises.
  5. Suivre et rééquilibrer l'exposition monétaire dans le temps.

Sources et références réglementaires

Questions fréquentes

Peut-on investir en dollars dans une assurance-vie ?

Pas vraiment dans un contrat français, cantonné à l'euro, mais oui dans une assurance-vie luxembourgeoise, qui est multi-devises : elle peut être libellée et investie en euro, dollar, franc suisse ou livre, et détenir des supports dans ces devises. C'est l'un de ses atouts pour un patrimoine international.

Quelle différence de devise entre assurance-vie française et luxembourgeoise ?

Le contrat français fonctionne en euros, avec une offre très limitée de supports en devises. Le contrat luxembourgeois est nativement multi-devises : versements, supports et allocation peuvent être libellés dans plusieurs monnaies, ce qui permet une diversification monétaire impossible en pratique dans un contrat français.

Investir en devises change-t-il la fiscalité de l'assurance-vie ?

Non. Pour un résident fiscal français, le contrat luxembourgeois applique la fiscalité française quelle que soit la devise d'investissement : prélèvements sociaux à 17,2 % sur les gains, abattement après 8 ans, transmission via l'article 990 I. La devise influe sur la performance (via le change), pas sur le régime fiscal.

Quel est le risque d'investir en dollars dans son assurance-vie ?

Le risque de change : un support en dollars, ramené en euros, gagne ou perd selon la parité euro/dollar. Un affaiblissement du dollar réduit la performance exprimée en euros. Ce risque diversifie le patrimoine quand il est mesuré et cohérent avec vos projets, mais il fragilise s'il résulte d'un pari non maîtrisé.

Pourquoi s'exposer à plusieurs devises ?

Pour diversifier le risque monétaire (un patrimoine tout en euros dépend de la seule zone euro), pour accéder à des actifs internationaux dans leur devise, et pour préparer un projet (expatriation, achat à l'étranger, revenus futurs en devises). La part multi-devises se calibre selon l'horizon et la tolérance au risque.

Comment aligner mon épargne sur un projet d'expatriation ?

En exposant une partie de votre contrat luxembourgeois à la devise du pays cible : au moment du départ, cette part est déjà alignée, ce qui réduit le risque de change. La portabilité du contrat luxembourgeois facilite par ailleurs la transition fiscale vers le nouveau pays de résidence.