€STR, SOFR, SARON : les trois taux du Lombard multi-devises en 2026, le piège du change et la règle d'adossement à la devise des actifs, revenus ou biens financés.
Par Nissim Assaraf, cofondateur de Bethel Capital.
Réponse rapide
Un crédit Lombard peut être tiré dans plusieurs devises, chacune indexée sur son taux de référence : euro sur l'€STR (2,184 % au 14 juillet 2026), dollar sur le SOFR (3,63 %) et franc suisse sur le SARON (proche de 0 %, la Banque nationale suisse maintenant son taux directeur à 0 % en 2026). À marge bancaire égale, emprunter en franc suisse coûte donc aujourd'hui bien moins cher qu'en dollar.
Mais attention : le taux le plus bas n'est pas forcément le meilleur choix. Emprunter dans une devise différente de celle de vos actifs ou de vos revenus vous expose à un risque de change qui peut effacer, et bien au-delà, l'économie de taux. La règle de prudence est simple : adosser la devise de l'emprunt à celle des actifs nantis, des revenus qui rembourseront, ou du bien financé. Le Lombard multi-devises est un outil puissant pour un patrimoine international — pas un moyen de « jouer » sur les taux d'intérêt entre pays.
Le crédit Lombard est un prêt garanti par le nantissement d'actifs financiers. Auprès des banques privées, il peut être tiré dans différentes devises, indépendamment de la devise des actifs nantis. Concrètement, un même portefeuille peut servir de gage à une ligne tirée en euro, en dollar ou en franc suisse. Chaque devise a son taux de référence, auquel s'ajoute la marge négociée avec la banque.
| Devise | Indice de référence | Niveau (mi-juillet 2026) |
|---|---|---|
| Euro (EUR) | €STR | 2,184 % |
| Dollar (USD) | SOFR | 3,63 % |
| Franc suisse (CHF) | SARON | proche de 0 % (taux directeur SNB à 0 %) |
À ces indices s'ajoute une marge bancaire (souvent de l'ordre de 1 à 1,5 % selon le dossier). Le coût brut d'un Lombard en franc suisse est donc aujourd'hui nettement inférieur à celui d'un Lombard en dollar. Cet écart reflète les politiques monétaires différentes des zones euro, américaine et suisse — il n'est ni acquis ni permanent : les taux évoluent. Voir aussi notre comparatif banques privées Lombard 2026.
Face à un SARON proche de zéro, la tentation est grande d'emprunter en francs suisses pour profiter d'un coût très bas. C'est ici qu'intervient le risque de change, souvent sous-estimé.
Si vous empruntez en francs suisses mais que vos actifs et vos revenus sont en euros, vous devrez, pour rembourser, acheter des francs suisses avec des euros. Si le franc suisse s'apprécie face à l'euro entre-temps, votre dette, exprimée en euros, augmente — un renchérissement qui peut largement dépasser l'économie de taux réalisée. Le franc suisse étant une devise refuge qui a historiquement tendance à s'apprécier en période de tension, ce risque est loin d'être théorique. De nombreux emprunteurs en devises l'ont appris à leurs dépens lors de décrochages monétaires passés.
Le Lombard multi-devises n'a de sens prudent que lorsque la devise de l'emprunt correspond à quelque chose de réel dans votre patrimoine :
En dehors de ces cas, emprunter dans une devise étrangère pour profiter d'un taux plus bas revient à prendre un pari de change — une spéculation, pas une optimisation. Ce n'est pas la vocation d'un crédit Lombard patrimonial.
Dans tous ces cas, le multi-devises réduit le risque de change au lieu de l'augmenter. Cette logique rejoint celle de l' assurance-vie luxembourgeoise multi-devises.
Le crédit Lombard comporte un risque d'appel de marge : si la valeur des actifs nantis baisse sous un seuil, la banque exige un remboursement partiel ou un apport de garantie. Avec un emprunt en devise étrangère, ce risque est doublé : une variation de change défavorable augmente la dette exprimée dans la devise des actifs, rapprochant du seuil d'appel de marge, indépendamment même de l'évolution des marchés. Une valeur de gage (LTV) prudente est donc encore plus impérative en multi-devises.
Situation. Antoine détient un portefeuille de 2 M$ en actions américaines et souhaite mobiliser 300 000 $ sans vendre.
Structuration. Plutôt qu'un tirage en euros (qui créerait un risque de change entre sa dette en euros et ses actifs en dollars), il tire une ligne Lombard en dollars, indexée sur le SOFR. La devise de la dette correspond à celle des actifs nantis : le risque de change est neutralisé.
Résultat. Antoine finance son besoin en cohérence avec la devise de son patrimoine, en conservant une LTV prudente.
Illustration ; les taux, la LTV et le traitement dépendent du dossier réel.
Oui. Auprès des banques privées, un crédit Lombard peut être tiré en euro (indexé sur l'€STR), en dollar (SOFR) ou en franc suisse (SARON), entre autres, indépendamment de la devise des actifs nantis. Chaque devise a son taux de référence, majoré d'une marge bancaire.
À la mi-2026, le franc suisse est le moins cher (SARON proche de 0 %, taux directeur SNB à 0 %), devant l'euro (€STR à 2,184 %), le dollar étant le plus cher (SOFR à 3,63 %). Mais le taux le plus bas n'est pas forcément le meilleur choix : le risque de change peut effacer l'économie de taux.
Parce que si vos actifs et revenus sont en euros, vous devrez acheter des francs suisses pour rembourser. Si le franc suisse s'apprécie face à l'euro, votre dette en euros augmente, souvent au-delà de l'économie de taux. Le franc suisse étant une devise refuge qui tend à s'apprécier en période de tension, ce risque est réel.
En adossant la devise de l'emprunt à celle de vos actifs nantis, de vos revenus qui rembourseront, ou du bien financé. Emprunter dans la devise de son patrimoine neutralise le risque de change. Emprunter dans une autre devise pour profiter d'un taux plus bas revient à prendre un pari de change.
Oui. Une variation de change défavorable augmente la dette exprimée dans la devise des actifs, ce qui rapproche du seuil d'appel de marge, indépendamment de l'évolution des marchés. En multi-devises, il faut donc une valeur de gage (LTV) encore plus prudente.
Lorsqu'il réduit le risque de change plutôt que de l'augmenter : portefeuille majoritairement en dollars financé par une ligne en dollars, revenus en francs suisses remboursant une dette en francs suisses, ou achat d'un actif étranger dans sa devise. C'est un outil pour patrimoine international, pas un moyen de jouer sur les taux.