Le crédit Lombard est un outil de levier — il amplifie les gains comme les pertes. La méthode utilisée par les conseillers privés pour calibrer le niveau de levier cohérent avec votre situation patrimoniale.
Le crédit Lombard est un outil de levier — et comme tout levier, il amplifie les gains dans les bons scénarios et les pertes dans les mauvais. La question n'est pas de savoir si vous devez l'utiliser, mais quel niveau de levier est cohérent avec votre situation patrimoniale, votre tolérance au risque, et votre horizon. Voici la méthode utilisée par les conseillers privés pour calibrer ce niveau.
Le levier Lombard est le rapport entre l'encours du crédit et la valeur du portefeuille nanti. Un portefeuille de 800 000 € avec un crédit de 400 000 € représente un levier de 50 % (ou un ratio de couverture de 200 %). Plus le levier est élevé, plus le rendement sur fonds propres est amplifié en cas de hausse — et plus la perte potentielle est accélérée en cas de baisse. Le calibrage du levier est donc l'étape la plus importante de la mise en place d'un crédit Lombard.
La première étape consiste à obtenir de la banque privée le détail de la quotité par actif sur votre allocation actuelle. Exemple : 300 000 € en assurance-vie fonds euros → quotité 90 % → empruntable 270 000 €. 200 000 € en ETF actions monde → quotité 60 % → empruntable 120 000 €. 100 000 € en SCPI → quotité 0 % (non accepté) → empruntable 0 €. 100 000 € en fonds obligataires → quotité 70 % → empruntable 70 000 €. Capacité d'emprunt totale sur ce portefeuille de 700 000 € : 460 000 €. C'est le plafond théorique — pas le niveau recommandé.
Le niveau de levier recommandé par les conseillers privés est systématiquement inférieur au plafond théorique. La règle de base : ne jamais utiliser plus de 60 à 70 % de la capacité d'emprunt maximale. Dans l'exemple ci-dessus, la capacité est de 460 000 €. Le levier raisonnable se situe entre 275 000 € et 320 000 €. Ce coussin de sécurité remplit une fonction précise : absorber une baisse des marchés sans déclencher un appel de marge. Si votre portefeuille perd 20 % de valeur, votre capacité d'emprunt théorique chute — mais si vous n'avez utilisé que 65 % de cette capacité, le ratio de couverture reste au-dessus du minimum requis par la banque.
Avant de signer, simulez le scénario de stress. Posez-vous la question : si mon portefeuille perd 25 % de valeur demain, à quel niveau descend mon ratio de couverture ? Si ce niveau est proche du seuil d'appel de marge de la banque, le levier est trop élevé. La simulation doit tenir compte du fait que les quotités s'appliquent à la valeur résiduelle du portefeuille — une baisse des marchés réduit à la fois la valeur des actifs et la quotité empruntable sur certains actifs volatils.
Le crédit Lombard n'est vraiment efficace que si le rendement du portefeuille nanti est supérieur au coût du crédit. Si votre portefeuille génère 5 % par an et que le crédit Lombard coûte Euribor (3,5 %) + marge (0,8 %) = 4,3 %, le différentiel positif est de 0,7 % par an sur l'encours emprunté. Ce différentiel couvre une partie du coût et justifie économiquement le levier. Si votre portefeuille est principalement investi en fonds monétaires à 3 % et que le crédit coûte 4,3 %, le différentiel est négatif — le levier coûte de l'argent net. Dans ce cas, le crédit Lombard n'est justifié que pour un usage spécifique à forte valeur ajoutée (évitement d'une fiscalité de distribution, financement d'un actif à rendement supérieur).
Le crédit Lombard n'a pas de maturité fixe dans la plupart des configurations — c'est une ligne de crédit. Cette flexibilité est un avantage et un piège : sans horizon de remboursement défini, le crédit peut s'allonger indéfiniment et les intérêts s'accumulent. Les conseillers privés définissent toujours a priori une stratégie de remboursement : remboursement sur dividendes futurs, sur cession d'un actif précis, sur revenus professionnels à horizon déterminé. Cette stratégie peut évoluer — mais elle doit exister dès la mise en place.
En pratique, le levier Lombard optimal se situe entre 40 et 60 % de la valeur du portefeuille pour la grande majorité des profils patrimoniaux. En dessous de 30 %, l'impact est limité. Au-dessus de 70 %, le risque d'appel de marge devient significatif sur des marchés volatils.