On ne protège pas un patrimoine d'un krach en le prédisant, mais en le structurant. Diversification, poche défensive et produits structurés à capital garanti ou protégé (Athéna, Phoenix) : mécaniques et cas.
Avertissement AMF
Les produits structurés évoqués dans cet article sont des instruments financiers complexes qui présentent un risque de perte en capital, en cours de vie et parfois à l'échéance, un risque de contrepartie lié à la solidité de l'émetteur, ainsi qu'un risque de liquidité. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le présent article a une vocation exclusivement pédagogique ; il ne constitue ni une recommandation personnalisée, ni une sollicitation à souscrire un produit. Tout investissement doit faire l'objet d'un conseil adapté à votre situation et d'une lecture attentive de la documentation réglementaire (DIC/KID) du produit concerné.
Réponse rapide
On ne « protège » pas un patrimoine d'un krach en le prédisant : on le protège en le structurant pour ne jamais devoir vendre au pire moment. Trois niveaux se combinent : diversification, poche défensive (fonds euros, monétaire, obligataire), et protections contractuelles apportées par les produits structurés (capital garanti ou protégé, Athéna, Phoenix). Enfin, le crédit Lombard assure la liquidité qui évite les ventes forcées.
Par Nissim Assaraf, cofondateur de Bethel Capital.
Un krach n'appauvrit durablement que ceux qu'il contraint à vendre. Tant que vous ne vendez pas, une baisse de marché est une perte latente, réversible. Le danger réel n'est pas la baisse elle-même, mais la vente forcée dans la baisse — parce qu'on a besoin de liquidités, parce qu'on panique, ou parce qu'un montage à effet de levier mal calibré déclenche un appel de marge.
Un patrimoine est protégé lorsqu'il peut traverser une crise sans jamais être obligé de vendre au mauvais moment.
Niveau 1 — Diversification. Classes d'actifs, zones, devises, enveloppes.
Niveau 2 — Poche défensive. Fonds euros à capital garanti, supports monétaires, obligataire de qualité : amortit les chocs, fournit la liquidité, sert de réserve pour saisir des opportunités.
Niveau 3 — Protections contractuelles. Rôle des produits structurés : intégrer, par contrat, un mécanisme de garantie ou de protection partielle du capital, en échange d'un rendement encadré.
Un produit structuré est un instrument financier — le plus souvent un titre de créance (EMTN) émis par une banque — dont le remboursement dépend, selon une formule connue à l'avance, de l'évolution d'un (indice boursier comme l'Euro Stoxx 50, panier d'actions, etc.).
Quatre éléments définissent un produit structuré :
Capital garanti. Rembourse 100 % du capital à l'échéance, quelle que soit l'évolution du sous-jacent (hors défaut émetteur). Gain plafonné en contrepartie.
Capital protégé. Protection jusqu'à un niveau de baisse défini (la barrière, par exemple −40 %). Sous la barrière, la protection disparaît et la perte redevient réelle. Meilleur rendement potentiel, en échange d'un risque de perte.
Confondre les deux est l'erreur la plus grave : un produit « à barrière −40 % » n'est pas un produit à capital garanti.
Autocall. À chaque date d'observation, si le sous-jacent est au-dessus d'un seuil, remboursement anticipé avec coupons.
Athéna. Autocall classique : coupon et remboursement anticipé si le sous-jacent dépasse un seuil ; sinon, à l'échéance, capital protégé au-dessus de la barrière, perte en dessous.
Phoenix. Variante à coupons conditionnels versés même en baisse tant que le sous-jacent reste au-dessus d'une barrière de coupon.
Effet mémoire. Un coupon manqué est mis en mémoire et versé ultérieurement dès que la condition redevient remplie.
Barrière européenne vs américaine. Européenne = observée à l'échéance seulement (plus protectrice). Américaine = observée en continu, un simple passage sous le seuil suffit.
Airbag. Atténue la perte sous la barrière. Voir aussi notre décryptage complet des produits structurés Phoenix vs Athéna.
| Caractéristique | Effet sur la protection | Effet sur le rendement |
|---|---|---|
| Capital garanti | Maximale (100 % à l'échéance) | Plafonné / réduit |
| Capital protégé à barrière | Partielle (jusqu'à la barrière) | Plus élevé |
| Barrière européenne | Plus protectrice | Coupon un peu plus faible |
| Airbag | Atténue la perte sous la barrière | Coupon légèrement réduit |
| Effet mémoire | Neutre sur le capital | Sécurise le rendement |
Un produit structuré est, juridiquement, une créance sur l'émetteur. Si l'émetteur fait défaut, la garantie de capital ne vaut plus rien. Deux réflexes : privilégier des émetteurs de premier plan et diversifier les émetteurs lorsque l'on détient plusieurs structurés.
Cas n°1 — Capital garanti pour sécuriser une poche défensive. Claire souhaite sécuriser 400 000 €. Produit à capital garanti, sous-jacent Euro Stoxx 50, maturité 8 ans : 100 % du capital remboursé à l'échéance, participation partielle à la hausse. Prix : gain plafonné, immobilisation.
Cas n°2 — Capital protégé (barrière européenne + airbag). Marc accepte un risque encadré. Autocall Phoenix, Euro Stoxx 50, coupon conditionnel annuel avec effet mémoire, barrière de coupon à −30 %, barrière de protection européenne à −40 % avec airbag. Rendement plus élevé, capital non garanti.
Chiffrages illustratifs ; niveaux dépendent des conditions de marché à l'émission.
En assurance-vie ou contrat de capitalisation : les coupons et gains suivent la fiscalité de l'enveloppe. Les gains d'assurance-vie restent aux prélèvements sociaux à 17,2 % en 2026, avec l'abattement après 8 ans. Souvent l'enveloppe la plus efficiente. Voir aussi notre hub 2 M€ de trésorerie : où les placer en 2026 et le contrat de capitalisation société (article 209-0 D bis) .
En compte-titres : revenus mobiliers au PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS 2026). L'écart PS (17,2 % vs 18,6 %) illustre l'intérêt d'une enveloppe assurantielle.
Pour une trésorerie société, voir également notre décryptage d'un Athéna coupon mémoire calibré pour une trésorerie société . Et pour la liquidité pendant une crise, notre hub crédit Lombard sur holding.
En le structurant pour ne jamais être contraint de vendre au mauvais moment : diversification réelle (classes d'actifs, zones, devises, enveloppes), poche défensive liquide (fonds euros, monétaire, obligataire de qualité), protections contractuelles via des produits structurés à capital garanti ou protégé, et réserve de liquidité (crédit Lombard) pour traverser la crise sans liquider ses actifs au plus bas.
C'est un instrument financier, généralement émis par une banque, dont le remboursement suit une formule définie à l'avance en fonction de l'évolution d'un sous-jacent (souvent un indice boursier). Il combine une exposition aux marchés et un mécanisme de protection du capital, total ou partiel, en échange d'un rendement encadré et d'une immobilisation. Il comporte un risque de perte en capital et un risque lié à la solidité de l'émetteur.
Le capital garanti rembourse 100 % de votre investissement à l'échéance, quelle que soit l'évolution des marchés (hors défaut de l'émetteur), avec un gain plafonné en contrepartie. Le capital protégé ne vous protège que jusqu'à un niveau de baisse défini (la barrière) : au-delà, vous subissez la perte. Le second offre plus de rendement potentiel, mais un vrai risque en cas de forte baisse.
Oui. Un produit à capital protégé fait perdre du capital si le sous-jacent franchit la barrière de protection. Et tout produit structuré, même à capital garanti, expose au risque de défaut de l'émetteur. Enfin, une revente avant l'échéance se fait au prix de marché, éventuellement en perte.
Ce sont des produits structurés autocallables. L'Athéna verse un coupon et est remboursé par anticipation si le sous-jacent dépasse un seuil à une date d'observation. Le Phoenix verse des coupons conditionnels même en cas de baisse, tant que le sous-jacent reste au-dessus d'une barrière de coupon, souvent avec effet mémoire (les coupons manqués sont versés plus tard si la condition redevient remplie).
La barrière européenne, car elle n'est observée qu'à l'échéance : seul le niveau final compte. La barrière américaine est observée en continu, si bien qu'un simple passage sous le seuil, même temporaire, en cours de vie, peut faire perdre la protection. À protection affichée égale, une barrière européenne est nettement plus protectrice.
C'est le risque que la banque émettrice fasse défaut. Un structuré est une créance sur l'émetteur : s'il fait faillite, la garantie de capital ne s'applique plus, indépendamment de l'évolution du sous-jacent. D'où l'importance de choisir des émetteurs solides et de diversifier les contreparties.
Non. Les structurés sont une brique de protection, pas une assurance globale. Ils s'immobilisent, comportent un risque de contrepartie et, pour les versions à capital protégé, un risque de perte. Ils s'intègrent dans une allocation diversifiée aux côtés d'une poche défensive liquide et d'une réserve de crédit Lombard.
De préférence dans une assurance-vie ou un contrat de capitalisation : les gains bénéficient de la fiscalité de l'enveloppe, avec des prélèvements sociaux à 17,2 % pour l'assurance-vie en 2026 et l'avantage de transmission. En compte-titres, coupons et gains sont imposés au PFU de 31,4 % (dont 18,6 % de prélèvements sociaux).
En conservant une poche de liquidité immédiatement disponible et une réserve d'emprunt : le crédit Lombard permet de mobiliser des liquidités en nantissant vos actifs, sans les vendre. Vous financez ainsi vos besoins pendant la baisse et laissez le temps aux marchés de se redresser, plutôt que de cristalliser une perte.