Fonds euros : pourquoi le « placement sans risque » est devenu un placement à rendement réel négatif.

Le fonds euros affiche 2,3 à 3,1 % nets pour une inflation à 2 %. Le placement de base des Français ne joue plus son rôle. Analyse structurelle, cas chiffrés et alternatives calibrées.

Réponse rapide

2,3 % et 3,1 % nets pour une inflation autour de 2 %. Rendement réel proche de zéro, parfois négatif après fiscalité. Ce n'est pas conjoncturel : c'est la structure obligataire du fonds euros contrainte par Solvabilité 2. Le fonds euros garde son rôle de sécurité (liquidité, capital garanti), mais ne peut plus être le moteur d'un patrimoine sur 10-20 ans.

Par Nissim Assaraf, cofondateur de Bethel Capital.

1. Le fonds euros, placement de base des Français

L'assurance-vie représente plus de 1 900 milliards d'euros d'encours ( France Assureurs), dont environ 70 % investis en fonds euros. Premier placement des Français, loin devant Livret A (~420 Md€) et comptes-titres (~250 Md€).

2. Le rendement historique (1990-2026)

Sources : France Assureurs, Banque de France.

3. Pourquoi le fonds euros ne peut plus délivrer

Structure du portefeuille : obligations dominantes (garantie capital oblige), poche actions limitée à 5-15 %. Stock obligataire ancien : les obligations 2012-2022 à coupon < 1,5 % pèsent sur le rendement pour encore 5-10 ans. Solvabilité 2 : contrainte prudentielle sur les allocations offensives. PPB : la provision-coussin a servi à amortir 2018-2022 et est désormais peu provisionnée.

: fourchette 2,5-3,5 % nets, réel 0,5-1,5 %, net de fiscalité 0,1-0,8 %.

4. Cas comparatif — 100 000 € sur 10 ans

Fonds euros pur : 2,8 %/an, réel +0,8 %. Capital nominal 131 500 €, capital réel 108 000 €, gain réel +8 000 €.

Allocation UC équilibrée (40 % euros / 30 % ETF World / 15 % Europe value / 10 % SCPI / 5 % dettes privées) : 5,5 %/an, réel +3,5 %. Capital nominal 170 800 €, capital réel 140 400 €, gain réel +40 400 €.

Différentiel : +32 400 € de pouvoir d'achat sur 10 ans, ~130 000 € cumulés sur 20 ans. Prix à payer : volatilité annuelle 8-10 %, à ne pas racheter en point bas.

5. Cas 2 — 500 000 € transmission sur 20 ans

Fonds euros pur : 574 000 € réels après 20 ans. Allocation calibrée AV LU (30 % euros / 40 % actions monde / 15 % oblig privées + PE / 15 % immobilier) : 1 037 000 € réels. +688 000 € transmis en plus, > 550 000 € nets de fiscalité successorale.

6. Les alternatives concrètes en 2026

  1. UC calibrées en AV (ETF, OPCVM, thématiques, SCPI, oblig privées).
  2. CTO — PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS), plus flexible.
  3. — exonération IR après 5 ans, plafond 150/225 K€.
  4. Immobilier papier (SCPI, OPCI, SCI) — rendement 3,5-5,5 %.
  5. Produits structurés — voir Phoenix vs Athéna.
  6. Obligations et dettes privées — 5-8 %, moins liquides.
  7. Private equity — 10-15 % historique, illiquide 8-10 ans, ticket ≥ 100 K€.

7. Les cas où le fonds euros garde du sens

8. Méthode Bethel Capital

1. Cartographie du patrimoine. 2. Objectifs par horizon (précaution, projet, rendement, transmission). 3. Allocation calibrée par horizon. 4. Exécution progressive et suivi semestriel. Pour l'expatriation, voir aussi AV luxembourgeoise pour expatriés .

9. FAQ

Questions fréquentes

Le fonds euros peut-il perdre de la valeur ?

Non en valeur nominale (capital garanti à l'euro près via Solvabilité 2). Oui en valeur réelle : quand l'inflation dépasse le rendement net, le pouvoir d'achat du capital diminue — situation observée 2020-2022 et risque persistant.

Quel est le meilleur fonds euros du marché en 2026 ?

Les meilleurs fonds euros premium (Suravenir Opportunités, Spirica allocation dynamique, Generali Aktiv, Milleis, Cardif) ont maintenu 2,7 % à 3,2 % nets en 2024-2025. Ces contrats exigent souvent une part minimale d'UC (30-50 %) et un ticket d'entrée plus élevé. Le fonds euros bancaire classique performe moins bien.

L'inflation va-t-elle rester à 2 % ?

La cible BCE est de 2 % symétrique. En pratique, l'inflation observée peut osciller entre 1 % et 4 % selon les cycles, chocs énergétiques et tensions géopolitiques. Personne ne peut garantir 2 % précisément sur 10 ans, mais 2 % est l'ancre centrale de la politique monétaire.

Le fonds euros va-t-il remonter significativement ?

Peu probable au-delà de 3,5 % nets sans changement structurel des taux obligataires. Le stock ancien à faible coupon reste dans les portefeuilles jusqu'à échéance. Rebond progressif et modéré.

Que penser d'un fonds euros « boosté » ou « dynamique » ?

Allocation plus offensive (jusqu'à 30 % actions, immobilier, private equity), rendement potentiellement plus élevé mais garantie parfois partielle ou différée. Lire attentivement : garantie 100 % ou 95 %, effet cliquet ou non, minimum d'UC obligatoire. Ne remplacent pas une vraie allocation en UC.

Faut-il fermer son fonds euros ?

Pas nécessairement. Voir notre article dédié « Assurance-vie de plus de 15 ans : garder ou fermer ». La plupart du temps, un arbitrage progressif vers les UC à l'intérieur du contrat existant est plus efficient que la fermeture.

Un fonds euros est-il fiscalisé chaque année ou seulement à la sortie ?

Les prélèvements sociaux (18,6 % en 2026) sur les intérêts du fonds euros sont prélevés annuellement au crédit des intérêts. L'IR ne se déclenche qu'au rachat, selon le régime AV (abattement 4 600 € / 9 200 € après 8 ans).

Combien faut-il en UC dans un patrimoine long terme ?

Pas de règle universelle. Une règle empirique : « 100 moins l'âge en actions ». Pour un patrimoine de transmission, on peut aller plus loin en actions et immobilier. Pour une épargne à 5 ans, très prudent. L'exercice se fait individuellement.

Un jeune actif de 30 ans doit-il avoir du fonds euros ?

Marginalement, pour son épargne de précaution (6-12 mois de charges) et pour lisser la volatilité. Le reste doit être orienté croissance : UC actions dominantes (60-80 %), immobilier, PEA. Le fonds euros comme placement dominant à 30 ans est structurellement inadapté.

La montée des taux obligataires ne va-t-elle pas relancer le fonds euros ?

Partiellement oui, avec un décalage de 5 à 10 ans et un plafond structurel (pas de retour à 5 % nets tant que les taux longs restent sous 5-6 %). Le rebond 2023-2025 illustre : passage de 1,3 % à 2,7 % en 3 ans, sans dépasser 3 %.